dimanche 31 octobre 2010
vendredi 10 septembre 2010
Sur les Roms... cette lettre de Gustave Flaubert, citée sur le blog Vendémiaire (le 10/9/2010)

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons.
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j'ai entendu de jolis mots à la prud'homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens de l'ordre. C'est la haine que l'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère...
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j'ai entendu de jolis mots à la prud'homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens de l'ordre. C'est la haine que l'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère...
Lettre, du 12 juin 1867, de Gustave Flaubert à George Sand.
Voir l'édition de la "Bibliothèque de la Pléiade", chez Gallimard.
Voir l'édition de la "Bibliothèque de la Pléiade", chez Gallimard.
mercredi 1 septembre 2010
De l'excellent penseur André Suarès...
Tout art est une incantation : l'oeuvre d'art est un philtre de volupté. Les doctes qui séparent tout par système, méprisent la volupté et le sentiment. Les doctes sont grossiers. Mais dans un homme policé, quel sentiment ne participe pas de l'esprit, et même quelle volupté ? Quel vrai plaisir n'est pas spirituel en quelques manière ?
... ... ... ... ...
Partout où l'on veut prouver qu'on a raison et faire système, l'art et la poésie le cèdent à la philosophie, à la critique, à la religion, enfin à une politique. L'art s'abaisse d'autant, et la poésie s'en va. C'est ici que le sentiment assure le salut de l'oeuvre : en portant la raison, il la pénètre d'une vie personnelle.
in "André Suarès" dans la collection Bouquins
chez Robert Laffont, Paris 2002.
chez Robert Laffont, Paris 2002.
mercredi 30 juin 2010
Lettre de Marie-Antoinette de Geuser...
Je n'y comprends rien, la "Vérité" me dit qu'Il est "toute justice" et qu'Il n'agit dans les âmes qui si elles correspondent... Et moi, je ne corresponds jamais... je suis toujours infidèle, et Il continue toujours son Oeuvre en moi... Il me fait entrer toujours plus avant en Lui, et me comble de plus en plus...
Sacrifiez jusqu'au bout, mon Bien-Aimé, achevez l'holocauste... je veux correspondre... je ne veux plus trouver que cela fait trop mal... je ne veux plus même voir le sacrifice...
Autrefois, lorsque dans nos traductions du latin, nous rencontrions le seul mot d'"Amour", j'étais obligée de me raidir de toutes mes forces pour ne pas être transportée... et maintenant cette action si manifeste de Dieu en moi me laisse froide...
Je suis comme habituée à cette intimité avec Lui, et ces grâces qui devraient me transporter, me laissent non seulement calme, mais même sans émotion!... Cet état m'humilie profondément... devrait-on jamais s'habituer à de pareilles choses!... N'est-ce pas un manque de respect d'entendre les ordres divins si naturellement ?
Mais vous voyez, mon Dieu, que si ma sensibilité ne peut pas s'émouvoir à votre contact, si je reçois vos grâces sans enthousiasme, mon âme brûle cependant d'amour et de reconnaissance... votre miséricordieuse bonté me confond... m'enfonce dans ma misère...
Je suis toujours dans la fournaise, dans l'obscurité... depuis très longtemps je n'ai pas été dans les "régions supérieures", dans la "Transformation"... Pas non plus dans l'Aimantation...
Ces quelques lumières me sont venues d'un rayon direct de la Divinité.
Commes des étoiles dans une nuit sans lune nous prouvent que le ciel est pur, elles m'ont donné l'assurance que je suis en Lui...
Dans une nuit étoilée, on ne peut pas contempler le ciel bleu, on n'y voit pas Dieu, je suis dans l'obscurité...
Les étoiles sont lumineuses elles-mêmes, mais n'éclairent pas la terre... de même ces lumières sont certaines, éclairent ces points particuliers, mais laissent mon âme dans le noir...
Ne regarder qu'en haut... Dieu seul.
jeudi 27 mai 2010
LA GNOSE ...
La gnose est la connaissance de la Réalité suprasensible, "invisiblement visible dans un éternel mystère", qui est censée constituer, au coeur et au delà du monde sensible, l'énergie motrice de toute forme d'existence. Un fragment gnostique définit la gnose : "La connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus ; du lieu d'où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés ; du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés ; de la nature de notre naissance et de celle de notre re-naissance" (Clém. d'Al., Excepta ex Theodoto, 78, 2). Et on lit dans un autre fragment : "la connaissance de l'homme est le commencement de la perfection ; la connaissance de Dieu en est la consommation (Hippol., Elenchos, V, 6, 6). Cette Réalité suprasensible, on la conçoit sous les espèces d'Idées, qui sont en même temps des Forces cosmiques personnifiées - entités divines, "démons", esprits, anges, héros de la mythologie païenne ou chrétienne - qui tiennent dans leurs mains le destin du monde et de l'humanité. La connaissance de ce monde transcendant est le résultat de la convergence de deux actes, dont l'un procède de la Nature sensible et l'autre de la Nature suprasensible. L'application méthodique de l'intelligence aux réalités spirituelles - application qui culmine dans l'extase - et une conduite toute spirituelle - qui trouve son expression suprême dans l'ascèse - amènent l'homme aux abords du monde de l'esprit. A son tour, ce monde se penche vers l'homme sous forme de révélation et se donne à contempler, aussitôt que les conditions requises se trouvent pleinement réalisées.
Ainsi commence le, toujours excellent, livre de H. Leisegang paru chez Payot en 1951.
vendredi 21 mai 2010
De Lanza del Vasto : CREDO...
CREDO
Je crois en Toi, Dieu qui dors dans la pierre,
Rêves dans l'arbre, aspires dans la bête,
Aimes dans l'homme. En meurs. Et dont la tête
Perce le ciel et passe la lumière.
in "Le Chiffre des Choses", Editions Denoël, 1953.
jeudi 6 mai 2010
De Jean-Marie Le Clézio sur Malcolm de Chazal...
Entre 1948 et 1965, Malcolm de Chazal aura publié une vingtaine d'ouvrages, dont certains firent du bruit, et qui sont tous l'expression d'une pensée originale, parfois jusqu'à l'ésotérisme, et d'un tempérament inquiet et anticonformiste. Pourtant, après le choc initial de Sens Plastique, paru à la NRF accompagné d'une préface de Jean Paulhan - "un art qui mérite, je pense, le nom de génie. Ce nom, et aucun autre" -, la critique, conformément à sa réputation de frivolité et de frilosité, cessa de s'intéresser au poète des antipodes et lui opposa un étrange silence. Duhamel, Paulhan, sans cesse sollicités par celui qu'ils avaient porté au pinacle, manifestèrent à son égard une indifférence gênée, puis de l'hostilité.
Depuis son île qu'il refusait obstinément de quitter, Malcolm de Chazal interpellait le monde, multipliait les lettres, les appels au secours. L'éloignement n'était pas la raison de sa solitude. Il souffrait d'avoir cru à la communauté des esprits, d'avoir vu la porte s'entrouvrir sur ce paradis de l'intellect que, comme jadis Swedenborg, il attendait.
Jean-Marie Le Clézio
in LE MONDE du vendredi 10 novembre 2006
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