dimanche 12 décembre 2010
jeudi 11 novembre 2010
De Nicolas BERDIAEFF sur la mystique allemande et Jacob Boehme en particulier...
La mystique allemande est un des plus grands événement dans l'histoire de l'esprit. Eckhart, Tauler, Weigel, Jacob Boehme, Angelus Silésius poussent la théologie apophatique jusqu'à des conclusions extrêmes qu'on ne trouve encore ni chez le pseudo-Denys, ni chez les mystiques médiévaux. Le début de ce processus spirituel est marqué par la distinction eckhartienne entre Gottheit et Gott, dont les conséquences constitueront l'intuition fondamentale de la mystique et de la métaphysique allemandes. Contrairement à la pensée grecque, la pensée allemande admet à la base de l'être un principe irrationnel, conceptuellement indéfinissable - le Mystère, l'Ungrund. Théologiquement, cette découverte signifie que ce qui apparaît à la connaissance cataphatique comme Gott est Gottheit pour la connaissance apophatique. Gottheit, c'est-à-dire un au-delà de l'être, un au-delà de la personne, une profondeur inexprimable d'où nait Dieu. La connaissance de Dieu ne peux donc être que symbolique, non rationnelle. Les mystiques en ont toujours témoigné en s'appuyant sur une expérience spirituelle. La dogmatique chrétienne n'est qu'un symbole de l'expérience spirituelle. Elle se livre à une objectivation de l'esprit qui ne peut être reconnue comme vérité dernière. Les mystiques vont plus loin, mais ils n'usent pas de concepts ; pour communiquer leur expérience aux autres hommes, ils recourent à des symboles et à des mythes. On ne peut conceptualiser rationnellement ni la Gottheit d'Eckhart ni l'Ungrund de Jacob Boehme, seul un concept limite est possible, indiquant le mystère qui le dépasse. La mystique allemande déduit de la théologie apophatique que le Néant Divin ou l'Absolu ne peut être le Créateur du monde. La Gottheit ne crée pas, on ne peut concevoir en elle aucun mouvement, rien qui ressemble à notre monde ; on ne peut user ici d'aucune analogie. Créateur et créature sont des termes corrélatifs, correspondants à des catégories ultérieures de la théologie cataphatique. Le Dieu-Créateur apparaît en même temps que la créature et disparaît avec elle. On pourrait dire que Dieu n'est pas l'Absolu. Le Dieu-Créateur, le Dieu-personne, le Dieu qui entre en contact avec le monde et l'homme ne peut être pensé avec ce détachement total qui est nécessaire pour élaborer le concept limite de l'Absolu. Dieu est concret. Le Dieu manifesté est corrélatif à l'homme et au monde. C'est le Dieu biblique, le Dieu de la Révélation. L'Absolu est au contraire l'ultime mystère. On est ainsi amené à l'affirmation en deux actes : 1) Dieu, le Dieu de la Trinité, se réalise dans l'éternité, en sortant du Néant divin, de la Gottheit, de l'Ungrund ; 2) Dieu, le Dieu de la Trinité, crée le monde. Il existe donc dans l'éternité un processus théogonique - la naissance de Dieu. La Création du monde, le rapport de Dieu à l'homme sont la Révélation du drame divin et de l'éternité. Nul n'a su l'exprimer d'une façon aussi géniale que Jacob Boehme et rien n'est plus éloigné du panthéisme.
in ESPRIT et REALITE de Nicolas Berdiaeff,
aux excellentes éditions Aubier-Montaigne,
Paris en l'année 1943.
aux excellentes éditions Aubier-Montaigne,
Paris en l'année 1943.
dimanche 31 octobre 2010
vendredi 10 septembre 2010
Sur les Roms... cette lettre de Gustave Flaubert, citée sur le blog Vendémiaire (le 10/9/2010)

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons.
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j'ai entendu de jolis mots à la prud'homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens de l'ordre. C'est la haine que l'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère...
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j'ai entendu de jolis mots à la prud'homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens de l'ordre. C'est la haine que l'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère...
Lettre, du 12 juin 1867, de Gustave Flaubert à George Sand.
Voir l'édition de la "Bibliothèque de la Pléiade", chez Gallimard.
Voir l'édition de la "Bibliothèque de la Pléiade", chez Gallimard.
mercredi 1 septembre 2010
De l'excellent penseur André Suarès...
Tout art est une incantation : l'oeuvre d'art est un philtre de volupté. Les doctes qui séparent tout par système, méprisent la volupté et le sentiment. Les doctes sont grossiers. Mais dans un homme policé, quel sentiment ne participe pas de l'esprit, et même quelle volupté ? Quel vrai plaisir n'est pas spirituel en quelques manière ?
... ... ... ... ...
Partout où l'on veut prouver qu'on a raison et faire système, l'art et la poésie le cèdent à la philosophie, à la critique, à la religion, enfin à une politique. L'art s'abaisse d'autant, et la poésie s'en va. C'est ici que le sentiment assure le salut de l'oeuvre : en portant la raison, il la pénètre d'une vie personnelle.
in "André Suarès" dans la collection Bouquins
chez Robert Laffont, Paris 2002.
chez Robert Laffont, Paris 2002.
mercredi 30 juin 2010
Lettre de Marie-Antoinette de Geuser...
Je n'y comprends rien, la "Vérité" me dit qu'Il est "toute justice" et qu'Il n'agit dans les âmes qui si elles correspondent... Et moi, je ne corresponds jamais... je suis toujours infidèle, et Il continue toujours son Oeuvre en moi... Il me fait entrer toujours plus avant en Lui, et me comble de plus en plus...
Sacrifiez jusqu'au bout, mon Bien-Aimé, achevez l'holocauste... je veux correspondre... je ne veux plus trouver que cela fait trop mal... je ne veux plus même voir le sacrifice...
Autrefois, lorsque dans nos traductions du latin, nous rencontrions le seul mot d'"Amour", j'étais obligée de me raidir de toutes mes forces pour ne pas être transportée... et maintenant cette action si manifeste de Dieu en moi me laisse froide...
Je suis comme habituée à cette intimité avec Lui, et ces grâces qui devraient me transporter, me laissent non seulement calme, mais même sans émotion!... Cet état m'humilie profondément... devrait-on jamais s'habituer à de pareilles choses!... N'est-ce pas un manque de respect d'entendre les ordres divins si naturellement ?
Mais vous voyez, mon Dieu, que si ma sensibilité ne peut pas s'émouvoir à votre contact, si je reçois vos grâces sans enthousiasme, mon âme brûle cependant d'amour et de reconnaissance... votre miséricordieuse bonté me confond... m'enfonce dans ma misère...
Je suis toujours dans la fournaise, dans l'obscurité... depuis très longtemps je n'ai pas été dans les "régions supérieures", dans la "Transformation"... Pas non plus dans l'Aimantation...
Ces quelques lumières me sont venues d'un rayon direct de la Divinité.
Commes des étoiles dans une nuit sans lune nous prouvent que le ciel est pur, elles m'ont donné l'assurance que je suis en Lui...
Dans une nuit étoilée, on ne peut pas contempler le ciel bleu, on n'y voit pas Dieu, je suis dans l'obscurité...
Les étoiles sont lumineuses elles-mêmes, mais n'éclairent pas la terre... de même ces lumières sont certaines, éclairent ces points particuliers, mais laissent mon âme dans le noir...
Ne regarder qu'en haut... Dieu seul.
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